Le président de l’assemblée nationale comorienne : « je ne peux pas accepter la suppression de la tournante car cela réduit mes chances de devenir président »

Scénario tout à fait inimaginable hier, dans la cour du palais de Dari-nadjah où le gouverneur de Ndzuani devait recevoir, en tête-à-tête, le président de l’Assemblée nationale. Ce dernier, arrivé sur les lieux, est aussitôt reparti sans même mettre pied à terre. La faute serait d’ordre protocolaire, laisse-t-on croire. Mais au-delà de tout cela, il dit demeurer un défenseur du mécanisme de la présidence tournante entre les îles.

 

Pas vraiment très copains politiquement, la rencontre qui devait détendre les relations entre le gouverneur de Ndzuani, Abdou Salami, et le président de l’Assemblée nationale, Abdou Ousseine, prévue hier, mercredi à Dar-nadjah, a échoué. Vers le milieu de la journée, ce dernier a convoqué des journalistes à Wani, pour expliquer l’incident protocolaire à l’origine de cet échec.

«Le gouverneur Salami a souhaité que l’on se rencontre aujourd’hui (hier, Ndlr) à dix heures. Mais en tant que président de l’Assemblée, je suis, dans l’ordre protocolaire, la deuxième autorité du pays et, de ce fait, il fallait que les règles protocolaires soient respectées. Peu avant l’heure, j’ai dépêché sur place mon conseiller militaire chargé de la sécurité, le colonel Cheikh Ahmed Abdallah. Le responsable du protocole du gouverneur voulait que j’aille attendre que le gouverneur me reçoive, mon conseiller lui a expliqué que ce n’était pas comme cela que les choses devaient se passer, mais on lui a fait savoir qu’ici à Ndzuani cela se passe ainsi», a-t-il commencé à expliquer.

Et de poursuivre : «arrivé dans la cour du gouvernorat, j’ai attendu que des personnes viennent m’accueillir, je n’en ai pas vu. Je me suis donc dit que je ne devais pas accepter que l’État soit déshonoré. Car ce n’est pas d’Abdou Ousseine dont il s’agit, mais de l’État», a-t-il ainsi conclu.

Dr Abdou Ousseine est donc reparti, sans que la rencontre ait eu lieu. Il impute la faute, avant tout, au responsable du protocole, se demandant même «pourquoi recruter quelqu’un qui ne connait pas son métier ou qui se montre délibérément impertinent ?». Mais s’il assure qu’«il n’y a pas de querelle» et qu’il ne veut pas que les gens interprètent mal ce qu’il s’est passé, il s’est toutefois dit «étonné qu’après cinq minutes passées à attendre dans la cour, il n’ait pas vu le gouverneur venir l’accueillir».

Joint au téléphone, Aboulhouda Halidi, le chef du protocole du gouverneur, s’est ainsi défendu : «le colonel Cheikh était venu confirmer le rendez-vous. Je le lui ai confirmé. Cela ne lui a pas suffi, il a voulu aussi discuter du protocole, en avertissant que le président de l’Assemblée n’allait pas attendre d’être reçu par le gouverneur, mais que ce dernier devait descendre l’accueillir au rez-de-chaussée. Je lui ai expliqué que cela n’était pas nécessaire, que l’on allait mobiliser son cabinet au rez-de-chaussée pour le recevoir, et qu’à son tour le gouverneur l’accueillerait dans le couloir. Il s’en est opposé et est allé persuader le président Abdou Ousseine de repartir.»

En dehors de l’incident qui a ruiné le fameux rendez-vous, les journalistes ont saisi l’occasion pour interroger Dr Abdou Ousseine au sujet de son supposé alignement en faveur de la suppression de la présidence tournante entre les îles. Sa réponse a dû les plomber. «Rappelez-vous : aux dernières élections, j’ai voté Mamadou, et nous avons devancé Azali, soutenu par Juwa et la Crc, de trois mille voix ici à Ndzuani. Il a gagné l’élection grâce à une large victoire à Ngazidja avec plus de six mille voix et à Mwali avec plus de deux mille. Ici à Ndzuani c’est l’Updc qui a été en tête, et l’essentiel de ce score venait de la région de Nyumakele. Je vous pose donc la question suivante : moi, natif de Ndzuani, aujourd’hui président de l’Assemblée avec toutes les chances de devenir président de la République demain, car c’est moi qui ai fait gagner ce résultat à l’Updc ici, pourquoi voudrais-je la fin de la tournante ? Je ne souhaite pas la fin de la tournante car le futur président de la République, c’est moi !»

Alwatwan


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