L’Empire du Mali

L’étude des sociétés africaines avant la fin du XVe siècle montre que plusieurs grands foyers de civilisation ont émergé à l’intérieur du continent au cours des siècles. Même si le développement de ces civilisations ne fut pas uniforme, il faut cependant souligner la remarquable vitalité politique qui s’est manifestée tout au long des siècles par la recherche permanente des meilleures formules de vie commune et de gouvernement.

C’est à partir du VIIe siècle que l’Afrique au sud du Sahara est mieux connue, du fait de l’arrivée des Arabes, remarquables géographes.

En dehors de l’Egypte et des royaumes d’Aksoum et de Nubie, le reste de l’Afrique n’était pas très bien connu du reste du monde.

A partir de 642, les Arabes qui étaient en Egypte vont pénétrer vers le Maghreb et de là descendre vers le sud. C’est en ce sens que la conquête Arabo-islamique peut-être considérée comme un phénomène majeur non seulement pour l’Asie et l’Europe, mais encore pour l’Afrique.

Par delà le trafic d’esclaves auquel les Arabo-berbères se livrèrent sur la côte orientale et à travers le Sahara, l’essor de la conquête Arabo-islamique a donné néanmoins à l’Afrique noire, l’une de ses principales religions et a transformé d’une certaine manière le paysage socioculturel du continent.

L’Afrique a vu naitre plusieurs ensembles politiques et ceux-ci, grâce à une économie diversifiée et à une culture brillante, ont rayonné vers l’extérieur. Cet essor, fondé sur un cadre géopolitique particulier décline à partir du XVIe siècle.

L’espace géographique qui englobe toute la région de la boucle du Niger, depuis les frontières avec le Sahara au nord et celles avec la forêt au sud, a été témoin d’une civilisation qui s’y est développée depuis le VIIIe siècle. C’est le Soudan occidental, espace que les voyageurs arabes appellent le Bilad as Sudan ou pays des Noirs. Cette civilisation dont le commerce à longue distance a été un des soubassements, a eu comme conséquence l’organisation de puissants états. L’esclavage, jusque là inconnu, prend une importance croissante, sans compter diverses autres formes de dépendances.

Cette civilisation a vu naître les premières agglomérations importantes qui aient mérité le nom de villes.

Il s’agit vraisemblablement de la réponse du monde noir au défi du monde berbère qui a pris une nouvelle forme au VIIIe siècle, quand les musulmans, à peine maîtres de l’Afrique du nord, ont organisé le commerce transsaharien. Celui-ci visait avant tout l’or soudanais qui va animer l’économie du monde méditerranéen et même de l’Europe entière avant que les mines d’Amérique n’entrent en scène au XVIe siècle.

Les Sahariens vendront aux noirs le sel de leurs mines, ainsi qu’une quantité croissante d’objets manufacturés et de biens culturels venant du Maghreb désormais islamisé.

Cette civilisation soudanaise a donné naissance aux puissants empires du Soudan Occidental : Le Ghana, le Mali et le Songhay.

L’Empire du Mali

Organisation sociopolitique né sur les bords du Niger supérieur, les provinces qui à l’origine composaient le berceau originel de l’Empire n’avait aucun lien politique entre elles, sinon leur allégeance au pouvoir de l’empereur du Ghana.

C’est à partir du XIIIè siècle que l’on voit émerger dans cet espace du Soudan occidental, une formation politique, en l’occurrence l’Empire du Mali qui, progressivement impose sa puissance dans toute la région, et atteint son apogée au XIVè siècle.

En ce sens, on peut dire que l’empire du Mali succède à celui du Wagadu, plus connu sous le nom de l’empire du Ghana.  Depuis le VIIIe siècle, l’empire soninké du Ghana entretient des échanges avec les populations sédentaires aux confins du Sahel, mais aussi les nomades berbères du Sahara : des produits vivriers et des esclaves, contre des chevaux, du sel, et des produits manufacturés venus du Maghreb.

Par suite de l’assèchement progressif des zones du Sahel, les populations se replient vers le sud plus humide. A ce fait, il faut ajouter la poussée des populations arabo-berbère (le mouvement almoravide) dont la confrontation avec le Ghana sonne le début du déclin de cette formation politique.

Ainsi, dès le XIe siècle, deux royaumes commencèrent à émerger à côté du Ghana : le Sosso et le Mandé. Ils s’affrontèrent pour la domination du champ politique laissé vacant dans cet espace du fait de la faiblesse du Ghana. Le XIIe siècle est de ce fait une période de lutte pour l’hégémonie politique.

Au Nord, le royaume de Sosso dirigé par Sumaworo Kanté (roi magicien) semblait, par sa puissance, devoir prendre la relève du Ghana et s’imposer au Soudan occidental.

Le Sosso, considéré comme l’héritier du Wagadu Ghana, conquiert les petits royaumes voisins et au XIIIe siècle sous la direction de Sumaworo, constitue une armée très disciplinée. Il afficha alors sa volonté d’expansion en cherchant à contrôler les mines d’or du Bouré, s’attaquant ainsi au Mandé situé plus au sud, d’où il pouvait en même temps se ravitailler en esclaves.

Le conflit entre le Sosso et le Mandé s’achève par la victoire du dernier dont les souverains, convertis à la religion musulmane depuis le XIIe siècle, se sont appuyés sur les richesses de leur régions (les mines d’or du Bouré étaient localisées dans l’espace Mande, et cette région, beaucoup plus arrosée bénéficiaient d’une agriculture assez riche) et sur l’organisation sociale commune à leurs différents clans, pour centraliser les différentes formations politiques de l’espace Mande autour d’un seul pouvoir.

Composé de trois provinces (celle de Do dirigé par le clan Condé, celle du Bouré dirigée par les Camara, et celle du Kri, dirigée par les Keita) le Mandé ou Manden, réussit à s’unifier autour du leadership des Keita pour faire face aux attaques du Sosso de Sumawoaro Kanté.

On peut alors dire que c’est pour répondre aux attaques répétées du Sosso que le Mande fit son unification politique.

A noter : l’élément nouveau qu’est la conversion à l’islam du chef du clan qui aura la charge d’amorcer l’unification (le clan des Keita). En fait c’est le début de la progression de l’Islam, puisque les Keita, après leur victoire sur les autres clans se convertissent à l’Islam et cherchent à défaire les liens de vassalité qui lient le Manden au Ghana.

Au début du XIIIe siècle, le héros légendaire des Mandenka (les habitants du Mali), le célèbre Sundiata Keita était le chef de l’association traditionnelle des chasseurs, (le «Simbong »grand maître chasseur, associé à tous les cultes du pays.) C’est Sundiata qui, selon le légende a pu venir à bout de la puissance du Sosso, dont le souverain Sumaworo Kanté est appelé le « roi Magicien ».

En fait, la lecture que l’on peut faire de ces événements  c’est la victoire des forces musulmanes sur celle de la religion traditionnelle. Sumaworo est présenté comme le représentant de la  religion des terroirs, alors que le Mandé sous la direction de chefs islamisés réussit enfin à venir à bout du travail entamé depuis le milieu du XIe siècle par les Almoravides.

C’est donc à partir du XIIIe siècle, vers 1235, que le Mali émerge comme la principale formation étatique du Soudan Occidental.

Sundiata Keita en est le fondateur, puisque c’est sous sa direction que les armées du Mande vinrent à bout  de celle du Sosso.

Sundiata Keita fondateur de l’empire du Mali 

Il occupe une place très importante dans l’histoire traditionnelle du Mali.

Fils de Naré Famaghan (1218-1230) et de Sogholon Konté surnommée Kédiougou (la vilaine). Sundiata est née infirme et n’a pu marcher qu’à l’âge de sept ans. Il eut une enfance très difficile. Persécuté par le souverain régnant (en fait son demi-frère), il s’enfuit avec ses proches assez loin de la cour et ce fut le début de longues années d’exil. Il ne revint qu’au moment de la coalition du peuple Mande contre le Sosso, quand des messagers du Manden vinrent le chercher depuis sa retraite de Mema.

A la tête des troupes du Mande, Sundiata battit les armées de Soumaworo lors de la célèbre bataille de Kirina, lieu situé entre Bamako et Kangaba.

Il s’empara du Sosso et de ses dépendances (le Bagana, le Nord du Bélédougou, le Ouagadou, le Bakhounou, et la cité de Koumbi (ancienne capitale de l’empire du Ghana).

Le sentiment national mandé qui avait été à la base  du conflit, donnait ainsi naissance à un état. D’autres campagnes dirigées vers l’ouest, annexèrent bientôt la deuxième grande région de l’or du Soudan : le Bambouk.

Secondés par de valeureux généraux, Sundiata soumit pratiquement tous les pays qui avaient été sous la domination de l’empire du Ghana.

Tiramaghan Traoré, un de ses généraux, fut envoyé dans le Djolof (qui se trouve dans l’actuel Sénégal) pour combattre le souverain qui avait arrêté une caravane de commerçants envoyés par Sundiata pour acheter des chevaux. Après avoir vaincu le roi du Djolof, Tiramaghan poussa les opérations jusque dans le Boundou et la basse Gambie.

C’est à Sundiata que revint le mérite d’avoir mis en place les fondements du nouvel empire dont il assure l’organisation administrative et militaire. La population est répartie en 30 clans : 16 clans d’hommes libres; 4 clans de griots; 5 clans maraboutiques, et 5 clans d’artisans. Pour rassembler ces clans, il instaure le système de parenté à plaisanterie.

On lui attribue la codification des coutumes et des interdits qui régissent encore les rapports entre clans Mandenka, mais aussi entre ces derniers et les autres clans de l’Afrique de l’Ouest.

Un vigoureux effort d’intégration des peuples fut initié par le nouveau souverain dans cet empire pluriethnique.

A Kurukanfugan, plaine située non loin de Kangaba, les chefs Mandé firent acte d’allégeance à Soundiata qui fut auréolé du titre de Mansa (roi des rois)  et une charte fut élaborée. Certains n’hésitent pas, faisant référence à cette charte,  à parler de constitution de l’empire du Mali.

Tous les chefs du Mandé étaient d’accord pour garantir aux populations toutes les libertés.

Les droits et devoirs de chacune des ethnies associées furent arrêtés. C’est pourquoi les traditionnistes du Mali disent que Soundiata « partagea le monde ».

La charte reproduisait le schéma des couches sociales de chaque région dont la personnalité était reconnue.

L’Empire avait une administration assez souple puisque le souverain respectait les institutions des provinces conquises ; c’était plutôt une fédération de royaumes ou de provinces.

Il met en place deux gouvernements militaires au Nord à Soura et au Sud à Sankaran

De Kangaba, la capitale de l’empire du Mali fut transférée à Niani situé plus au sud, loin de la zone de turbulence des peuples nomades du Sahel et confinant à la forêt d’où venait l’or, la cola, l’huile de Palme et où les commerçants Mandenka allaient vendre des cotonnades et des objets en cuivre.

La ville avait une population cosmopolite, car toutes les provinces et tous les corps de métiers s’y faisaient représenter. Soundiata la déclara terre d’empire ou patrie commune à tous les peuples.

Avec lui, l’histoire du Mandé va tourner autour de trois éléments : la Terre,(l’exploitation de ses richesses) puisque l’empire du Mali était avant tout un pays agricole ; le commerce sous toutes ses formes  (l’empire du Mali prenant ainsi le relai de l’empire du Ghana son prédécesseur) et les guerres de conquête.

D’ailleurs c’est au cours d’une guerre contre un chef peul du Wasoulou que soundiata meurt noyé dans le Sankarani. (Il se serait transformé en hippopotame qui depuis, est devenu le totem des Keita).

 

Le XIVe siècle et l’apogée de l’Empire

Il faut dire que vers la fin du XIIIe siècle, l’empire du Mali avait connu une période d’instabilité politique à la suite de la quelle le pouvoir échut à un esclave affranchi de la famille royale qui par son habileté réussit à rétablir l’autorité et à agrandir l’empire. Il reprit les conquêtes, soumit les tributs touaregs, raffermit l’autorité de l’empire du Mali sur la vallée du Niger et se rendit maître de Gao.

Vers 1303, un neveu de Soundiata arrive sur le trône du Mali et se rendit célèbre par sa tentative d’exploration de l’Océan Atlantique. Se refusant à croire que la mer fut sans limites, Aboubakar (Bakary II) avait fait équiper deux cents navires remplis de vivres et les avait envoyés en exploration. Cette première expédition ayant échoué, le Mansa lui-même fit équiper dit-on deux milles navires et à la tête de cette armada, il tenta de voguer vers l’Amérique du Sud. On ne le revit plus.

Si pour les traditionnistes du Mali, la figure de Soundiata domine largement les récits du passé, le monde musulman du XIVe siècle apprend par contre l’existence de cet empire par le biais d’un de ces dirigeants Kankou Moussa, qui fit le pèlerinage aux lieux saint de l’islam.

Mansa Moussa fut le plus connu des empereurs du Mali et à partir de son règne (1312 -1332), le Mali commence à apparaître sur les cartes européennes.

Moussa qui était monté au pouvoir en 1312, fit un pèlerinage remarquable à la Mecque. A son passage au Caire en 1324, il distribua tellement d’or que le métal précieux perdit de sa valeur pendant plusieurs années. Le prestige de l’empire du Mali franchit ainsi les limites du Soudan. Il faut noter que ce pèlerinage ne doit pas être considéré comme un simple geste pieux de la part d’un monarque. Il s’agissait d’un acte politique, économique et culturel de grande portée.

Il ramena de la Mecque de nombreux savants et lettrés qui l’aidèrent à propager l’islam à Tombouctou, Gao et dans le reste de son empire. Il faut dire que l’islam s’accommodait aussi de pratiques animistes et que la majorité de la population était demeurée animiste, ce que le Mansa tolérait sous réserve de l’obéissance et du versement du tribut.

Kankou Moussa ramenait aussi de son prestigieux voyage, un poète architecte originaire de Grenade, Abou Issak dit Es Saheli. Ce dernier fut le maître d’œuvre de plusieurs mosquées et maisons. Il fit construire à Tombouctou, la grande mosquée de Djingerayber, ainsi qu’une résidence, grande salle carrée, surmontée d’une coupole avec des murs enduits de plâtre et ornés d’arabesques.

Bâtisseur, Mansa Moussa a laissé son empreinte sur toutes les villes soudanaises par ces monuments de terre battue hérissée de bois. Les mosquées de Djenne et de Tombouctou sont les prototypes de ce qu’il est convenu d’appeler le style soudanais.

Bientôt l’influence du Mansa s’étendit à tout le Sahara. Des liens furent noués avec l’Egypte et le Hedjaz. Sur le plan économique, le roi sut développer les rapports entre ses états et le proche orient.

Avant le pèlerinage de Moussa, le Mali ne pratiquait le commerce à longue distance qu’avec le Maghreb. Kankan Moussa chercha d’autres débouchés et d’autres fournisseurs.

Du point de vue culturel, le pèlerinage se révéla d’une grande importance pour le Mali, puisqu’il a été à la base de la naissance d’une civilisation Arabo-Malienne sur les bords du Niger. Les lettrés, architectes, juristes et marabouts ramenés du proche orient se fixèrent dans la capitale du pays (Niani) ainsi qu’à Tombouctou. C’est dans ce cadre que naquirent des écoles comme celle de Sankoré qui firent la renommée de Tombouctou au XIVe et XVe siècles.

Après avoir bien assis son autorité, les armées du Mansa s’enfoncèrent vers l’Ouest, où elles atteignirent le fleuve Gambie et les marches du Tékrour(le Sénégal actuel).

C’est sous le règne de Kankou Moussa que le Mali atteint son apogée. Il s’étendait alors de l’Océan Atlantique à  l’Est de la boucle du Niger, et de la zone forestière au sud, aux salines de Teghazza au nord. Il englobait ainsi les actuels états du Mali, du Sénégal, de la Gambie, de la Guinée Conakry, de la Guinée Bissau, de la Mauritanie et une grande partie de la côte d’Ivoire. L’empire contrôlait les placers aurifères du Bouré, du Bambuk, de la Falémé et les salines du nord. L’une des conséquences les plus importantes des conquêtes fut l’expansion de la langue Malinké  dans tout l’ouest africain.

Les successeurs de Kankou Moussa eurent de la peine à maintenir longtemps un empire aussi vaste couvrant toute l’Afrique de l’Ouest soudano-sahélienne.

La civilisation mandingue

L’empire du Mali a englobé dans un même ensemble politique, divers peuples et ethnies :

  • Nomades et Eleveurs : les Mesufa ces grands nomades sahariens occupaient l’espace allant des salines de Teghazza à la ville de Walata, grands carrefour malien du commerce transsaharien. C’étaient les principaux agents du commerce du sel et les guides des caravanes reliant le Maghreb au Soudan. Les Berbères Lemtouna, Sanhadja et Godala étaient plus à l’Ouest et occupaient le pays correspondant à l’actuel Mauritanie. Ils exploitaient les mines de sel d’Idjil. Les Touareg se retrouvaient entre Walata et la boucle du Niger. Ce vaste domaine était sous le contrôle du commandement militaire du soura farin.
  • Les Sahéliens : c’est dans la zone du sahel que se trouvaient les villes septentrionales du soudan. Ce sont les cités du Tékrur, Awdaghost, Kumbi, Walata et Tombouctou. De l’embouchure du Sénégal jusqu’à la boucle du Niger, nomadisaient les fulbé, qui pratiquaient la transhumance sur des parcours restreints, tandis que  Toucouleurs, Soninké et Songhoy, islamisés depuis au moins le XIe siècle vivaient dans de gros villages. La facilité de communication offerte par ce pays sans relief a favorisé la création de villes nouvelles et d’une culture commune, même si les peuples concernés ne parlaient pas la même langue.
  • Les peuples de la Savane : D’ouest en Est, nous avons les Wolof, les Mandenka, les Bambara. A cela, il faut ajouter les populations sur la côte entre la Gambie et le Rio Grande où des communautés d’agriculteurs (Beafadas, Balante, feloup Bainounk,) ont été encadrées par les Mandenka de l’Ouest.
  • A l’intérieur de la boucle du Niger, au niveau de l’ensemble montagneux du Hombori, vit le peuple Dogon (accroché aux flancs de la falaise de Bandiagara) dont la culture est l’une des plus étudiée  (du moins dans une perspective ethnologique). Il semble que les souverains mandingues eurent peu d’emprise sur les populations Dogon, du fait de la difficulté d’accès de leur site d’habitat certainement.

Cet empire multiethnique dans le cadre duquel ont évolué ces populations soudano-sahéliennes, a permis par le biais de ses structures de fonctionnement de renforcer les points communs et d’atténuer les divergences entre elles.

  • La religion : Empire islamisé par le fait que son souverain était musulman. Cependant, la ferveur religieuse que l’on pouvait noter (les pèlerinages des souverains), cachait mal une certaine ignorance des préceptes enseignés par l’islam.

En fait, les groupes les plus profondément islamisés étaient les commerçants soninkés et Dioula qui étaient depuis très longtemps en contact avec l’islam.

Les réseaux commerciaux qu’ils mirent en place et qui maillèrent tout l’espace relevant de cet empire furent à coup sûr un des plus puissants facteurs d’intégration de l’empire du Mali.

  • Organisation politique et administrative : Gouverner cet immense empire dont les chroniqueurs de Tombouctou (Mahmud Kati dans le Tarikh El Fettach) disait qu’il renfermait 400 villes, n’était pas chose aisée. Le Mali était donc un état très décentralisé, ce qui présentait des avantages mais aussi des inconvénients dont le pouvoir souffrit. Il y’avait une organisation en trois paliers : d’une part, le noyau central soumis à une administration directe, avec des provinces subdivisées en canton (les Kafou) et en villages (les dougou). Autour du noyau central, il y’avait les royaumes qui étaient gouvernés par leurs chef traditionnels, le Farim , représentant du roi, servant alors de ministre résident. A son apogée au XIVe siècle, il y’avait une douzaine de provinces ayant ce statut dans l’empire. Le troisième palier était constitué par les royaumes subordonnés qui n’étaient pas organiquement et constamment reliés avec le centre, mais qui reconnaissaient l’hégémonie de l’empereur et le signifiait en expédiant régulièrement des présents.
  • L’économie dans le Mali reposait essentiellement sur :
    Ibn Battuta a insisté sur l’abondance de vivres au Mali où le voyageur selon lui n’avait pas besoin de faire des provisions, car à chaque village, il trouvait des vivres en quantité. La culture du coton y était aussi largement répandue. L’empire du Mali qui couvrait plusieurs zones agro-écologiques, le Sahara, le Sahel, le Soudan et touchait à la zone forestière, avait des productions agricoles très variées. Les cultures les plus répandues étaient les céréales, le mil. Le coton, une des grandes spécialités du Mali, était aussi cultivé. L’élevage était surtout pratiqué dans les zones sahélienne et saharienne. Au nord de nombreux chameaux étaient élevés pour le transport du sel depuis les salines du nord vers le sud et pour le commerce transsaharien très demandeur de chameaux. Les Mandéka pratiquaient aussi la pêche. Le Joliba (nom local du fleuve Niger) est un fleuve très poissonneux.

L’empire contrôlait alors les placers aurifères du Bouré du Bambuk, de la Falémé, ce qui en fit un très grand producteur de métal précieux. Il faut dire que, l’or, sauf dans les régions minières était très peu utilisé dans les transactions locales. Il était surtout la chose des Mansa et des riches marchants Mandenka ou arabo- erbères. L’or, le sel, le cuivre et la cola sont des produits qui ont joué un rôle important dans l’économie malienne.

Le sel était exploité à Teghazza et à Idjil (dans l’actuel Mauritanie), tandis que le cuivre provenait de Takedda (le Niger actuel). Les noix de cola étaient importées des pays du sud (actuels Ghana et Côte d’Ivoire). Les commerçants spécialisés dans ce commerce d’or et de cola étaient soit des Soninké, soit des Mandenka. Ils ont fini par être appelés sous le nom générique de Wangara oju Dioula. Ils ont joué un rôle important dans la diffusion de l’Islam et de la culture Mandeng dans les pays forestiers du sud.

Pour conclure, on peut dire que l’importance qu’il y’a à étudier cette formation étatique africaine  qui, dans la chronologie de l’histoire occidentale se situe au Moyen Âge, est de montrer comment pendant plus d’un siècle, le Mali, a pu réaliser et maintenir un modèle d’intégration politique où des peuples aussi variés que les Touareg, les Wolof, les Malinké, les Bambara, les Songhay, les Peuls et les Toucouleurs, reconnaissaient un seul souverain.

Le secret de cette réussite réside probablement dans la mise en place d’un système politique souple, d’une sorte « d’indirect rule » pour les provinces périphériques et d’une tolérance religieuse.

Cependant, les contradictions inhérentes à tout évolution d’un groupement humain n’ont pas manqué d’affecter l’empire du Mali. Dès le début du XVe siècle, les querelles de succession au sein de l’aristocratie commencèrent à affaiblir l’empire. A cela, il faut ajouter le glissement du centre d’intérêt de l’empire vers l’ouest. Le commerce malien qui jusqu’ici se fait avec le monde musulman, sera partiellement tourné vers la côte à partir du milieu du XVe siècle, alors que le monopole commercial musulman reste intact pour le Songhay. Les relations avec le monde musulman s’affaiblissent au profit du Songhay qui devient la nouvelle puissance montante du Soudan occidental.

 

 Sources

  • Davidson Basil : Les royaumes africains, Les grandes époques de l’homme -collection Time life 1967
  • Davidson Basil : L’Afrique avant les Blancs, découverte du passé oublié de l’Afrique PUF 1962, 322 Pages.
  • Elikia M’Bokolo, Afrique noire, Histoire, tome 1, éditions Hatier, 1995
  • Ibn Fadl Allah Al ‘Omari : Masalik el Absar fi mamalik el Amsar, Traduit par GaudefroyDemombynes, Librairie Orientaliste Paul Geuthner, Paris 1927
  • Ibn Khaldoum : Histoire des berbères Tome II 1925- 1956
  • J M Cuoq, Histoire de l’islamisation de l’Afrique de l’Ouest des origines à la fin du XVIème siècle, 1984
  • Ly Tall Madina : L’empire du Mali NEA, 1977, 220 Pages.
  • Raymond Mauny : Tableau géographique de l’Afrique Occidentale au Moyen Age, Mémoire de l’IFAN N° 61, 1961
  • Van Sertina Ivan: They Came Before Columbus: The African Presence in Ancient America, Hardcover, Random House, 1976.
  • Wa Kamissoko : Soundiata ou la gloire du Mali, 1991, Karthala-ARSAN

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