Thèmes abordés dans Au Bonheur des Dames

Thèmes abordés dans Au Bonheur des Dames de Émile Zola

Consumérisme et excès

Au Bonheur des Dames explore l’essor du modèle des grands magasins à la fin du XIXe siècle. Le grand magasin de Mouret , Au Bonheur des Dames , rassemble sous un même toit toutes les marchandises qu’il fallait auparavant visiter plusieurs petites boutiques pour acheter. Ainsi, au lieu de visiter séparément un vendeur de tissus, un gantier et une parfumerie, les acheteurs – qui sont majoritairement des femmes – peuvent désormais trouver tous ces articles (et d’innombrables autres) au même endroit. Ce modèle d’affaires, montre Au Bonheur des Dames , forme le début de la culture consumériste moderne en glorifiant l’excès et en faisant de l’expérience d’achat un événement émotionnel, plutôt qu’une simple acquisition de fournitures.

Pour créer un tel environnement, Mouret organise ses marchandises dans des présentoirs colorés qui attirent les acheteurs et mettent en valeur tout ce qu’il a à offrir. De plus, il réorganise le magasin de sorte que les clients doivent parcourir tout le magasin pour trouver tout ce qu’ils sont venus chercher, ce qui conduit les acheteurs à se promener dans des rayons qu’ils n’avaient jamais prévu de visiter et à acheter plus d’articles qu’ils ne le souhaitaient. Enfin, Mouret fait du shopping un événement chargé d’émotion en organisant des ventes, où les femmes se disputent des articles à prix réduit et achètent des quantités excessives de marchandises parce qu’elles voient leurs pairs faire de même. Il sert également des rafraîchissements, propose des articles gratuits comme des fleurs et du papier à lettres, et vend même à perte le tissu de soie emblématique du magasin, tout cela pour que ses clients aient l’impression que ce sont eux, plutôt que Mouret, qui sortent en tête. Bien sûr, ce n’est pas vraiment le cas : plusieurs clientes régulières dépensent tellement d’argent au Au Bonheur des Dames que leurs maris peuvent à peine supporter les habitudes d’achat de leurs femmes, tandis que Mouret empoche un million de dollars lors de la vente finale du roman. Avec ça, Au Bonheur des Dames illustre comment transformer l’expérience d’achat d’une affaire ennuyeuse en une expérience émotionnelle, excitante et pleine de surprises crée une culture de dépenses et de consommation excessives. De plus, le contraste entre le succès de Mouret et les difficultés financières de ses clients suggère que ce type de surconsommation n’est pas durable et n’apporte pas un véritable bonheur aux consommateurs – il ne profite vraiment qu’aux magnats des affaires.

Femmes, exploitation et pouvoir

Au Bonheur des Dames explore les différentes manières dont les hommes peuvent exploiter les femmes. Cependant, cela suggère également que les femmes peuvent gagner du pouvoir en refusant de jouer aux jeux des hommes, tout en gardant le cap sur des objectifs qui aident les femmes. Mouret fonde son grand magasin, le Paradis des dames , sur l’idée même que les femmes lui sont soumises. Son magasin est « un temple de la femme » qui, en offrant tous les produits dont une femme pourrait rêver, pousse les clientes à dépenser énormément. De cette façon, Mouret semble s’occuper des femmes tout en les exploitant financièrement, pour assurer le succès de son magasin. De plus, il exploite Madame Desforges pour ses amis importants qui l’aident à agrandir Au Bonheur des Dames .

Cependant, l’associé de Mouret, Bourdoncle , prévient de manière inquiétante que les femmes « auront leur revanche ». Mouret n’en tient pas compte jusqu’à ce que Denise, une vendeuse pudique et digne, refuse ses avances amoureuses. Il poursuit Denise comme il le ferait pour n’importe quelle autre maîtresse et est complètement abasourdi quand elle le refuse, car aucune femme n’a encore refusé le puissant homme d’affaires. Il lui offre de l’argent et même une relation exclusive, mais bien qu’elle l’aime en privé, Denise refuse d’être traitée comme une marchandise. Affolé de ne pas pouvoir acheter la femme qu’il aime, Mouret commence à sentir que son pouvoir – qui prend la forme de l’exploitation financière des femmes – est vide et inutile. Alors que Mouret se sent de plus en plus impuissant en raison du rejet de Denise, Denise devient la personne la plus puissante du Au Bonheur des Dames , exploitant involontairement la déférence de Mouret envers elle pour apporter des améliorations à son système. Ces changements, surtout, profitent largement aux employées que Mouret a précédemment radiées, comme celles qui tombent enceintes (Denise met en place pour elles un système de congés payés). Du coup, Mouret craint que Denise ne soit « la revanche » qui sapera son pouvoir. Cependant, après une vente très réussie au Au Bonheur des Dames, Mouret se rend compte que sa victoire sur les femmes semble incomplète s’il ne peut pas avoir Denise. Cela l’amène à proposer à Denise, en se soumettant essentiellement à elle – tout en donnant à Denise exactement ce qu’elle veut (le mariage) et en plaçant Denise dans une position puissante où elle peut continuer à défendre les employées de Mouret.

Tradition contre modernité

Au Bonheur des Dames, de petites boutiques luttent pour leur survie contre le grand magasin de Mouret , Au Bonheur des Dames. Les petites boutiques représentent le « vieux Paris », selon des méthodes commerciales traditionnelles dans lesquelles elles vendent une petite gamme spécialisée de produits à un prix élevé. En revanche, Au Bonheur des Dames – qui représente le «nouveau Paris» – ignore les modèles commerciaux traditionnels, achetant à la place des centaines de produits différents à vendre à bas prix et créant une atmosphère écrasante et enivrante pour attirer le public. Les petits commerçants tentent de défendre leurs méthodes traditionnelles, comme lorsque Bourras affirme que son métier – la vente de parapluies sculptés à la main – concerne l’art véritable. Cependant, Au Bonheur des Dames ne manque jamais de réussir, prenant plutôt le contrôle de petites entreprises après petites entreprises jusqu’à ce que le grand magasin occupe tout un pâté de maisons.

Pour Mouret et même Denise , le succès du grand magasin est inéluctable : les clients apprécient les couleurs vives des présentoirs et la variété des objets proposés à la vente. Certains éprouvent même des « accès » de joie lorsqu’ils dépensent de l’argent. Les grands magasins comme Au Bonheur des Dames , suggère le roman, sont la voie de l’avenir. Denise, qui est sympathique à la lutte des petits commerçants mais partisane des grandes entreprises, tente de protéger les commerçants de l’échec en les exhortant à se conformer à l’évolution des temps. Cependant, elle échoue finalement et elle voit même que Au Bonheur des Dames fait bien plus que simplement mettre en faillite les petites entreprises. Sa cousine Geneviève meurt de chagrin parce que Colomban — BauduLa vendeuse de chez à qui elle était fiancée s’enfuit avec une vendeuse du Au Bonheur des Dames, suggérant que même une personne élevée dans un environnement de magasin traditionnel peut être la proie de l’attrait de la modernité. Plus tard, la boutique de parapluies de Bourras est prise dans sa faillite, laissant place Au Bonheur des Dames pour dominer toute la rue. La démolition de la boutique de Bourras et l’enterrement de Geneviève sont présentés comme des funérailles pour le Vieux Paris, conduisant à la douloureuse réalisation de Denise que le progrès se produit «sur les corps des morts». En termes simples, Au Bonheur des Dames dépeint la transition de l’ancien vers le nouveau comme inévitable et, de plus, suggère que ceux qui refusent de s’adapter paieront un prix élevé.


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